Un coq bruyant expose les tensions dans la France rurale

Rochefort (France) (AFP) – Un tribunal français doit se prononcer cette semaine sur le fait de savoir si un coq qui se lève tôt doit être considéré comme une nuisance pour le voisinage dans une affaire qui a provoqué des manifestations de corbeaux dans les campagnes.

Une femme de la pittoresque île d’Oléron, au large de la côte ouest de la France, a été convoquée en justice jeudi après une plainte en justice déposée par ses voisins qui sont inquiétés par le chant rapide de son coq pendant leurs vacances.

L'affaire a attiré l'attention parce que le coq est un emblème de la France, alors que les plaignants ont été décrits comme des citadins arrogants qui conservent leur propriété à Saint-Pierre-d'Oléron comme résidence secondaire.

"Ils viennent deux fois par an sur l'île", a déclaré la propriétaire du coq, Corinne Fesseau, à la chaîne locale France 3. "Je suis ici depuis 35 ans."

Ces tensions ne sont pas nouvelles en France, où des milliers de familles riches possèdent des résidences secondaires à la campagne, mais l'affaire est devenue une cause célèbre reflétant les craintes que le mode de vie rural traditionnel soit menacé.

"Aujourd'hui, c'est le coq, mais de quoi s'agira-t-il demain? Mouettes? Le bruit du vent? Nos accents?" Christophe Sueur, maire de Saint-Pierre-d'Oléron, a déclaré à l'AFP.

En France, de nombreuses zones rurales sont en déclin, frappées par une crise du secteur agricole et par la contraction de la population, alors que les jeunes partent poursuivre leurs études et leur carrière dans les villes.

L'écart grandissant entre la France rurale et urbaine en France a été mis en évidence au cours de sept mois de manifestations anti-gouvernementales "gilet jaune" qui ont commencé en novembre dernier.

Fesseau, qui doit comparaître devant le tribunal de la ville de Rochefort jeudi, avait menacé de l'amener à l'audience avec son coq appelé Maurice.

– Grenouilles expulsées –

L’affaire a conduit un maire du village de Gajac, dans le sud-ouest de la France, à rédiger une lettre ouverte furieuse le mois dernier dans laquelle elle défendait le droit des cloches des églises de sonner, les vaches de moo et les ânes de braire dans la France rurale.

Les cloches des églises se référaient à une bataille de 2018 dans un village de l'est du Doubs, où les propriétaires d'une maison de vacances se plaignaient du fait que le péage quotidien à 7 heures était trop tôt.

"Dès que vous critiquez les cloches, vous attaquez un village entier", a déclaré à l'AFP le maire, Bruno Dionis du Sejour, agriculteur à la retraite.

"C'est humiliant pour les ruraux de se retrouver devant les tribunaux à cause de quelqu'un qui vient d'ailleurs", a-t-il ajouté. "Quand je vais en ville, je ne leur demande pas de retirer les feux de circulation et les voitures."

Sa lettre a comparé les nouveaux arrivants ignorants aux villages qui se plaignent du bruit ou des odeurs aux "imbéciles qui découvrent que les œufs ne sont pas cueillis dans les arbres".

Dionis du Sejour était également en attente d'un cas en 2016 dans la région du Périgord lorsqu'un couple devait remplir leur étang après une plainte concernant le crissement des grenouilles.

"Pourquoi les grenouilles croassent-elles? Pour se reproduire!" il a dit.

Le maire a demandé au gouvernement français de classer les sons de la France rurale dans le patrimoine du pays.

Cela pourrait conduire à sa protection en tant que culture mondiale "intangible" sur une liste dressée par l'agence culturelle des Nations Unies, l'UNESCO.

Il est soutenu par le parlementaire Pierre Morel-à-L'Huissier, un député de droite représentant une partie de la région de la Lozère.

"La vie à la campagne se poursuit 365 jours par an. Les gens vivent ici et tentent de gagner leur vie", a déclaré Morel-a-L'Huissier à l'AFP.

"Ce qui est inacceptable, ce sont des gens qui ne sont pas originaires de ce pays qui tentent de s'imposer aux dépens de la vie rurale."

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