Mélange de 'fausses nouvelles' et d'indignation, le provocateur d'extrême droite révolte en France

Mélange de 'fausses nouvelles' et d'indignation, le provocateur d'extrême droite révolte en France

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Paris (AFP)

Muni de son ordinateur et d'une caméra vidéo, l'ancien politicien français Mike Borowski a émergé comme un test pour les entreprises de médias sociaux sous pression afin de réprimer les "fausses informations" avant le vote du Parlement européen le mois prochain.

Le fondateur franco-polonais du site internet "La Gauche m'a Tuer" est l'un des plus importants pourvoyeurs du fondamentalisme d'extrême droite en France.

Ses reportages et ses vidéos portent souvent des accusations douteuses à l’encontre de ses rivaux et suscitent souvent des niveaux d’engagement du public auxquels les médias traditionnels rêveraient.

En conséquence, Borowski est bien connu des nouvelles équipes d’enquête, y compris de l’AFP Fact-Check, qui devraient rester occupées à l’approche des élections au Parlement européen du 23 au 26 mai.

Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans que les utilisateurs des médias sociaux signalent une fausse affirmation dans l'un des messages de Borowski ou leurs harangues vidéo contre leurs cibles favorites, notamment le président français Emmanuel Macron.

Mais lorsqu'on lui demande s'il répand délibérément des informations erronées, Borowski laisse entendre qu'il se voit comme un éditorialiste et que l'objectivité n'est pas le problème.

"C'est un journalisme partisan. Vous dites que c'est faux, nous disons que c'est vrai, et chaque partie défend sa position", a-t-il déclaré à l'AFP.

Son site a été pris dans la ligne de mire de Facebook, ce que beaucoup de gouvernements et de militants des droits de l'homme accusent de ne pas avoir fait assez pour réduire les ingérences malveillantes lors d'élections à hauts enjeux.

Borowski a déclaré que "Facebook a saboté ma page" l'année dernière en limitant la visibilité de son site dans les fils d'actualités des utilisateurs – une politique à laquelle AFP participe via un accord de vérification des faits avec le géant des réseaux sociaux.

– 'Encore plus virulent' –

En réponse, Borowski a intenté une action en justice contre Facebook pour avoir fermé sa page plusieurs semaines au début de l'année dernière – une affaire qui, selon lui, a convaincu la société de réfléchir à deux fois avant d'agir contre lui.

"Parfois, tout ce que vous avez à faire est de vous boucher les dents", a-t-il déclaré, affirmant qu'il pourrait désormais être "encore plus virulent" car il n'y avait "plus de censure".

L'année dernière, Borowski a également versé à Facebook près de 1 000 euros pour rendre ses dernières vidéos YouTube plus visibles, selon des factures reçues par l'AFP.

Cependant, il admet que le géant américain des médias sociaux a néanmoins supprimé une douzaine de publications pour "violation de ses normes", et estime que les vérificateurs de faits ont jugé que 150 à 200 de ses articles étaient "faux".

Facebook, qui interdit normalement aux utilisateurs ayant des enregistrements douteux d'accéder à ses services de "monétisation", a déclaré qu'il ne ferait aucun commentaire sur des cas individuels.

Borowski a commencé sa carrière politique au sein du parti de droite UMP de l'ex-président Nicolas Sarkozy, lorsque de jeunes recrues ont créé le site Web "La Gauche m'a Tuer" pour attaquer ses rivaux de gauche avant le vote présidentiel de 2012.

Quelques années plus tard, le site devint très populaire après que Borowski ait pris les rênes de la direction. De nombreux articles rejoignaient des auditoires de médias sociaux bien plus vastes que ceux de piliers traditionnels comme le quotidien Liberation, le magazine Le Point ou la radio Europe 1.

"Tout ce que j'avais à faire, c'était d'écrire" Taubira "et" prison "et j'avais 10 000 actions", a-t-il déclaré, faisant référence à l'ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira, l'un des rares hommes politiques noirs bien connus en France.

– Changement de tactique –

Le site "La Gauche m'a Tuer" de Borowski s'en tient à un format qui a fait ses preuves: une publicité agressive au milieu de manchettes choquantes revendiquant un certain nombre de mensonges ou de méfaits de la part du gouvernement ou des médias.

Ses efforts semblent porter leurs fruits, avec des revenus annuels de plusieurs dizaines de milliers d'euros, selon les informations recueillies par l'AFP.

L'article le plus partagé sur son site date de 2015, affirmant que "plusieurs" retraités se contentent de moins que les "migrants" qui ont droit à une allocation mensuelle de quelque 500 euros.

L'allégation ne résiste pas à l'examen, mais cela n'a pas empêché Borowski de la conserver en haut de sa page d'accueil.

L'année dernière, YouTube a fermé la chaîne "Gauche m'a Tuer" après trois avertissements de contenu inapproprié en trois mois.

Cela a incité Borowski à créer une nouvelle chaîne, "Droitards Mechants" – vaguement traduite par Nasty Bastards Rightwing -, où une récente publication est une tirade très chargée contre Macron.

Il a également interviewé des manifestants du mouvement anti-gouvernement "gilet jaune", dont une récente affirmation selon laquelle la France est dominée par des milliardaires "comme les Rothschild".

Borowski dit qu'il a changé de stratégie et qu'il essaye maintenant des choses "grand public" comme le journalisme citoyen – une force d'un seul homme soulignant les difficultés rencontrées pour tenter de réduire l'influence des provocateurs en ligne.

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