Les législateurs français débattent d'un projet de loi controversé visant à réprimer le discours de haine en ligne | Voix de l'amérique

Les législateurs français débattent d'un projet de loi controversé visant à réprimer le discours de haine en ligne | Voix de l'amérique

PARIS – Les législateurs français ont commencé à débattre d'une nouvelle législation contraignante obligeant les entreprises de haute technologie et de médias sociaux à supprimer rapidement le discours de haine en ligne ou à risquer de lourdes amendes. Le projet de loi s'inscrit dans le cadre des efforts mondiaux plus vastes visant à freiner le discours haineux et violent sur Internet – comme l'a montré la fusillade de masse de cette année en Nouvelle-Zélande. Mais certains craignent que la législation ne provoque la censure.

Le projet de loi donne aux entreprises de technologie seulement 24 heures pour supprimer les contenus racistes et haineux en ligne ou encourt des amendes pouvant atteindre 4% de leurs recettes globales. Les utilisateurs seraient en mesure de cliquer sur un bouton spécial sous le contenu offensant pour le signaler.

La députée française Laetitia Avia, dont les parents sont togolais, est à la tête de cette initiative. Dans des entretiens comme celui-ci à la télévision française, elle décrit être victime d'un déluge quotidien d'insultes racistes en ligne – et affirme que les réseaux de médias sociaux ne font pas assez pour les arrêter.

DOSSIER – Cédric O, ministre français délégué au secteur numérique, pose dans ses bureaux à Paris.

Le ministre français des Affaires numériques, Cedric O, a déclaré que le gouvernement espérait réduire considérablement le contenu haineux en ligne. Le projet de loi est similaire à la législation allemande qui a reçu des critiques mitigées. D'autres pays, notamment la Grande-Bretagne et l'Australie, ont imposé ou sont en train de débattre de réglementations plus strictes contre l'extrémisme sur Internet.

S'exprimant à la radio française, le ministre O a déclaré que le projet de loi français n'était pas une solution miracle. Aucun gouvernement n'a été capable d'éradiquer les abus en ligne. Mais il pense que la législation constituera une bonne base et pourra être révisée si nécessaire.

Le président français du centre, Emmanuel Macron, a donné la priorité à la répression du contenu Web haineux et violent. À la suite des attentats terroristes en Nouvelle-Zélande, il a contribué à la conclusion en mai d'un non-contraignant accord dit de Christchurch visant à lutter contre l'extrémisme en ligne. Les États-Unis ne l'ont pas signé, invoquant des problèmes de liberté d'expression.

Certains experts ont les mêmes craintes face à ce nouveau projet de loi.

Christophe Bigot, éminent avocat des médias, a déclaré à VOA que le projet de loi pourrait entraîner une censure, car les entreprises de haute technologie pourraient favoriser la suppression de tout contenu suspect afin d'éviter de lourdes amendes. Il ne pense pas que de nouvelles lois soient nécessaires, mais plutôt un plus grand nombre de juges pour appliquer les lois existantes contre le discours de haine.

Comme Bigot, Loic Rivière a également des préoccupations. Il est secrétaire général de Tech en France, qui représente 400 sociétés françaises et internationales de logiciels et d’Internet.

Rivière dit qu’il est d’accord avec les objectifs généraux du projet de loi. La haine en ligne est devenue massive, dit-il – trop grande pour le système judiciaire à gérer. Mais il dit que la législation ouvre trop de zones grises et que le délai de 24 heures est trop court pour supprimer le contenu haineux. Les entreprises de technologie auront besoin du soutien du gouvernement pour être efficaces.

La Chambre basse de la France votera sur le projet de loi la semaine prochaine avant que le Sénat l’approuve. La mesure pourrait devenir loi dans quelques mois.

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